Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     

Bilan de l’étiage 2008 : conséquences

3.1. Sur les milieux d’eau douce [1]

(Source : ONEMA).

Aucun département n’a officiellement activé le ROCA (Réseau d’Observation de Crise des Assecs) au cours de l’année 2008.

Au cours de la période de mai 2008 à juin 2008, la combinaison d’une pluviométrie importante et de prélèvements à des fins agricoles tardifs (fin juin en Vienne) a permis un maintien des niveaux d’eau appréciable et par conséquent le maintien en eau des zones humides.
D’une manière générale, les suites d’une pluviométrie importante sont observées : érosion des sols suivie d’une turbidité marquée, assez inhabituelle à cette saison.

Toutefois, fin juin, la tendance est à la diminution des débits. Certains petits cours d’eau présentent un état d’écoulement difficile avec même quelques assecs comme sur la Fragne et le Vau en Charente-Maritime, ainsi que sur le Pamproux dans les Deux-Sèvres.

Malgré, tout de même, des conditions climatiques assez favorables aux milieux aquatiques, on observe, à la fin du mois d’août, encore une tendance à la diminution des débits sur les affluents des cours principaux, comme ceux de la Boutonne en Charente-Maritime. Inversement, cette tendance est à l’augmentation des débits sur la Charente (16), sur la Vienne (16 et 86), sur la Boutonne (79) et à la stabilisation sur le bassin du Clain (79) et sur de nombreux bassins du département de la Vienne.

La situation hydrologique de l’année 2008 a été, globalement, peu déficitaire et satisfaisante pour les cours d’eau jusqu’en septembre.
Fin septembre, les affluents du RDOE (Réseau Départemental d’Observation des Ecoulements) encore touchés par le manque d’eau sont ceux de la Seugne, de la Charente et du Marais-Poitevin, du Curé et de la Vienne. La Seudre (17), la Maurie (16) et la Pallu (86) subissent également des assecs.

Il a été repéré, en juillet " août, plusieurs rejets organiques sur les bassins du Thouet, de la Sèvre Nantaise, de la Sèvre Niortaise et un écoulement d’hydrocarbure et une rupture d’une canalisation au niveau de la STEP (station d’épuration) d’une laiterie sur le bassin de la Vienne.

Les développements algaux ont été plutôt discrets durant l’année 2008 ; il est probable que les températures estivales peu élevées au cours de l’été ont joué un rôle important dans ce phénomène. Quelques développements d’algues filamenteuses sur l’Auxance (bassin du Clain), sur la Platte (bassin de la Vienne), sur l’Hermitain ont tout de même été observés.

Les conditions de circulation des poissons migrateurs ont été bonnes mais les niveaux d’eau élevés ont parfois limité les observations (peu d’activité de reproduction observée pour les aloses en raison des conditions climatiques particulières). Les conditions d’étiage prolongé ont, tout de même, posé des problèmes pour le déplacement de la truite fario. Et sur la période septembre-octobre, très peu de migrateurs amphihalins [2] ont été observés.

Pour en savoir plus, consultez les annexes A6 et A7 qui sont des extraits des bulletins de situation des milieux aquatiques réalisés par l’ONEMA.

En complément des données fournies par l’ONEMA, les fédérations de pêche départementales ont réalisé au cours de l’étiage plusieurs campagnes d’observations d’écoulement en rivière en linéaire continu. Ces observations ont été faites sur certains bassins jugés comme sensibles.
Le tableau ci-dessous présente les pourcentages d’assecs et de ruptures d’écoulement relevés sur les bassins sensibles au cours des campagnes d’observation faites au cours de l’étiage 2008.

Charente Charente-Maritime Deux-Sèvres Vienne
% d’assec et/ou rupture d’écoulement % d’assec % d’assec et/ou rupture d’écoulement % d’assec % d’assec et/ou rupture d’écoulement % d’assec % d’assec et/ou rupture d’écoulement % d’assec
15/06 0 0 8,8 3,9 0 0 0,1 0
01/07 0 0 1,7 0,5 0,9 0,2 0,1 0
15/07 2 0,5 7,1 2,9 4,3 2,7 1,1 0
01/08 5 3,7 35,2 13,6 nd nd 6,8 4,5
15/08 3,2 2,3 30,1 17,7 nd nd 6,2 6
01/09 14,3 5,8 31,9 19,2 nd nd 6,2 5
15/09 9,3 3,3 nd nd nd nd 3,2 3
01/10 8,8 2,8 nd nd nd nd nd nd
nd = Données non disponibles
Source : Groupement des fédérations de pêche de Poitou-Charentes

Pour en savoir plus, consultez l’annexe A8 relative aux observations de l’état hydraulique du linéaire hydrographique en Poitou-Charentes réalisé par le groupement des Fédérations de Pêche de Poitou-Charentes.

3.2. Sur le milieu marin

(source : Ifremer)

Trois indicateurs ont été retenus pour caractériser l’état du milieu marin :

-  la salinité ;
-  la température ;
-  des indicateurs de qualité de la production phytoplantonique : chlorophylle et abondance d’espèces.

La salinité est directement liée aux apports en eau douce des différents estuaires sur le littoral charentais et aux cycles marégraphiques. La salinité et la température sont deux paramètres importants qui conditionnent le bon développement des espèces exploitées.
D’autre part, les apports d’eau douce sont une source importante d’éléments nutritifs. Une partie de ces éléments sera utilisée dans le développement du phytoplancton, source principale de nourriture des huîtres et des moules. Ainsi, le dosage de la chlorophylle renseigne sur l’état de la ressource alimentaire.
L’analyse de ces paramètres est donc primordiale pour pouvoir suivre de manière générale l’état du milieu marin et donc l’état de la conchyliculture sur le littoral charentais [3].
La carte ci-dessous présente la localisation des capteurs automatiques dans les pertuis charentais (source : Ifremer).

carte capteurs automatiques

carte de localisation des capteurs automatiques (source : Ifremer)

- Température et salinité dans le bassin de Marenne Oléron (centre bassin, site de D’Agnas) [4] :

La température a été comprise entre 8 et 12°C durant l’hiver. Celle-ci s’est élevée progressivement à 18-19°C durant le printemps, et 19-23°C au cours de l’été. Cette montée thermique s’est réalisée en « dents de scies » au gré des cycles de marées et surtout des anticyclones et dépressions qui se sont succédées. Fin septembre, après une chute rapide d’environ 3°C, la température a avoisiné la moyenne historique.
Pour le paramètre salinité, le début d’année est marqué par des salinités au dessus des tendances historiques malgré l’apparition d’épisodes de fortes dessalures en fin d’hiver et début de printemps. Depuis mai, la salinité fluctue autour de la moyenne avec une amplitude de 1 à 3 g/l. Fin septembre est à l’image de la période estivale : la salinité est très stable et centrée sur les moyennes de saison.

Température et salinité au site de D'Agnas

- Température et salinité dans le bassin de Marenne Oléron (embouchure de la Seudre, site de La Grève) [5] :

La montée thermique saisonnière s’est réalisée en « dents de scie » au gré des cycles de marées et surtout des anticyclones et dépressions qui se sont succédés. La température observée fin septembre a diminué régulièrement en embouchure de Seudre, d’environ 19-20°C à 16°C. La température moyenne fin septembre a été néanmoins proche des moyennes saisonnières.
Pour la salinité à l’embouchure de la Seudre, l’amplitude de salinité peut atteindre 15g/l au fil des marées dans un intervalle de valeurs de 16 à 34 g/l. Fin septembre, la salinité a été stable, entre 33 et 34 g/l (valeurs de saison). Il a été cependant observé une dessalure fugace de - 4 g/l le 18 septembre et une autre mais de moindre importance (-2 g/l) le 26 septembre.

Température et salinité au site de la Grève

- Température et salinité dans le bassin de Marenne Oléron (embouchure de la Charente, site de Lupin) [6] :

La montée thermique saisonnière s’est réalisée en « dents de scie » au gré des cycles de marées et surtout des anticyclones et dépressions qui se sont succédés. La température observée fin septembre en sortie de Charente s’est située en dessous des normales de saison sur l’ensemble de la période (d’environ 1 à 2°C). L’écart a augmenté au cours du temps par une diminution plus rapide qu’à l’habitude.
Cette zone d’estuaire est marquée par une salinité comprise entre 1 " 2 g/l et 30 " 35 g/l de janvier à septembre. Ces fortes amplitudes sont les conséquences du régime de marée et du débit des fleuves. Courant septembre, la salinité moyenne (22 g/l) a rejoint les normales saisonnières, avec une amplitude de variation comprise entre 7 " 10 et 34 g/l.

Température et salinité au site de Lupin

- Température et salinité dans le pertuis Breton (site des Filières) [7] :

Les températures observées dans le pertuis Breton ont été « globalement » supérieures aux normes saisonnières, particulièrement au printemps. Fin septembre est marqué par une diminution progressive de la température s’écartant au fil du temps de 1,5°C en dessous des moyennes de saison.
La salinité de mai jusqu’à mi-juin a été de 2-3 g/l en dessous des normales saisonnières. Fin septembre, la salinité a progressivement augmenté pour atteindre des valeurs très océaniques proches de 35 g/l (cette valeur étant supérieure à la tendance historique d’1 g/l).

Température et salinité au site des Filières

- L’environnement biologique (ressource trophique) :

« Equivalent » Chlorophylle a de l’eau de mer, centre Bassin Marennes Oléron ) [8] :

En janvier " février, les valeurs de chlorophylle a [9] sont restées globalement inférieures à 2 μg/l [10]. A partir de début mars, les valeurs ont été nettement supérieures (4, 5, 6 μg/l), avec des pics d’équivalent chlorophylle a (10- 15 μg/l) en début mars et courant juillet. Le mois de juin a été néanmoins marqué par des valeurs faibles, proches du seuil hivernal. Les valeurs observées fin septembre sont proches des valeurs généralement rencontrées (environ 2 µg/l) avec un pic le 22 septembre.

Eq. chlorophylle a

Flore totale phytoplanctonique, nord du bassin de Marennes Oléron (site de Boyard) [11] :

Un premier pic algal a été observé dès mi-mars, en avance d’une bonne quinzaine de jours par rapport à la moyenne interannuelle. Un deuxième plus important s’est développé entre mi-mai et mi-juin. Une nouvelle efflorescence algale a été observée le 15 juillet. Depuis l’abondance phytoplanctonique est restée faible et a augmenté légèrement au cours des dernières semaines de septembre.

Phytoplancton

- Ressource (huîtres : larves, naissains, adultes) :

Suivi du lot d’huîtres sur d’Agnas, taux de croissance journalier (en g de Matière Sèche jour) et poids de chair sèche (en g de Matière Sèche) [12]

Le taux de croissance journalier s’accroît jusqu’à 0,02 g de poids sec par jour vers la mi-juin pour ensuite chuter de 0,015 g de poids sec par jour à la mi-juin, laissant supposer qu’une première ponte a eu lieu autour de cette période. Le taux de croissance journalier remonte ensuite à 0,09 g de poids sec par jour en début juillet, traduisant ainsi la poursuite de la maturation des huîtres. La chute brutale du taux de croissance journalier début août marque la ponte massive de l’année 2008. Depuis, le taux est stable voire en légère augmentation.
La croissance en poids sec révèle une discontinuité entre le 18 et le 26 juin, faisant passer le poids sec de 1,5 à 1,4 g (perte de poids sec d’environ 7 %). Cette perte de poids sec peut être révélateur d’une ponte partielle à cette période. La prise de poids sec se poursuit début juillet avec un léger fléchissement observé le 7 juillet. Grâce à la perte de poids sec, 3 pontes d’importance croissant sont enregistrées : entre le 18 et le 26 juin, entre le 16 et le 21 juillet et entre le 31 juillet et le 4 août. Depuis la dernière ponte, une reprise lente de la croissance est observée.

Suivi du lot d'huîtres

3.3. Plans de gestion de crise pour l’alimentation en eau potable (AEP)

A notre connaissance, il n’y a pas eu de difficultés particulières relevées pour l’alimentation en eau potable en Poitou-Charentes au cours de l’étiage 2008.

3.4. La gestion de la centrale nucléaire de Civaux

Le fonctionnement de la centrale de Civaux est assuré par l’eau disponible en Limousin.

La centrale de Civaux prend des dispositions particulières afin d’assurer son fonctionnement durant la période d’étiage.

Pour que la centrale ait le droit de fonctionner, un débit minimum de 10 m3/s doit être respecté en aval de la centrale, une fois prélevés les volumes d’eau nécessaires au refroidissement des réacteurs. Afin de garantir ce débit, un soutien d’étiage est réalisé grâce aux réservoirs situés en amont de la centrale, situés pour la plupart dans le secteur de la Vienne Supérieure.

La centrale de Civaux est autorisée à prélever dans la Vienne un débit qui est fonction de la puissance des réacteurs, dans la limite de 6 m3/s. La centrale fonctionnant majoritairement sur un seul réacteur durant l’été, cette valeur n’est globalement pas atteinte en période d’étiage. Ainsi, pendant toute cette période, on peut s’assurer que le débit de la Vienne est supérieur à 10 m3/s en aval de la centrale si la station de Lussac-les-Châteaux, en amont de la centrale, indique un débit supérieur à 16 m3/s.

débits de la Vienne

En outre, les conditions de rejet font l’objet d’une réglementation imposant un débit minimal de 30 m3/s pour effectuer des rejets chimiques occasionnels. La centrale nucléaire de Civaux ne peut rejeter à la rivière ses effluents légèrement radioactifs qu’en présence d’un débit compris entre 27 et 350 m3/s, et entre 20 et 27 m3/s avec dérogation de l’Autorité de Sûreté DGSNR (Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection). Cependant, la Vienne se trouve couramment en deçà de ces valeurs durant la période estivale. C’est pourquoi des réservoirs ont été dimensionnés pour assurer le stockage de ces effluents durant toute la période estivale (source : EDF).

Nombre de jours dont le QMJ est inférieur aux seuils
Juin 2008 Juillet 2008 Août 2008 Septembre 2008 Total
Seuil rejets chimiques (30 m3/s) 1 16 18 16 51
Seuil rejets radioactifs (27 m3/s) 1 14 11 13 39
Seuil rejets radioactifs avec dérogation (20 m3/s) 0 2 0 1 3

La valeur la plus basse atteinte au cours de l’étiage 2008 a été de 17 m3/s le 23 septembre 2008.

Notes

[1] Informations fournies par l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA), Délégation Inter Régionale Centre / Poitou-Charentes. Diagnostic écologique du Bulletin de Situation des Milieux Aquatiques de mai-juin, juillet-août, septembre-octobre 2008

[2] amphihalins : poissons vivant alternativement en eau douce et en eau de mer.

[3] Pour en savoir plus sur l’impact et les effets des apports fluviaux sur la production conchylicole, se référer à l’annexe 9

[4] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[5] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[6] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[7] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[8] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[9] La chorophylle a permet d’estimer la biomasse du phytoplancton.

[10] µg/l : microgramme par litre

[11] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[12] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 02/10/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

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