Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     

L’agriculture biologique

Rapport thématique Eau 2002 Eléments extraits du rapport "Qualité des ressources en eau et production d'eau potable : la situation en Poitou-Charentes", réalisé en 2002 par le Comité Régional de l'Environnement (CRE), dans le cadre des Secondes Assises de l'Eau de Poitou-Charentes.

Sommaire :
Généralités
L’agriculture biologique en Poitou-Charentes
Les pratiques agricoles en agriculture biologique
L'impact sur la ressource en eau

Généralités

Reconnue en France depuis 1980 (loi L-1202 du 30 décembre 1980), l’agriculture biologique a pour objectif le respect des écosystèmes et de la santé humaine et animale. Ce mode de production s’appuie sur l’utilisation maximale des ressources naturelles par l’optimisation du recyclage des substances nutritives dans le système sol-culture-animal, et par la non utilisation d’engrais minéraux et de produits phytosanitaires de synthèse.

Chaque filière de production a défini un cahier des charges détaillé auquel doit se plier l’agriculteur. L’exploitant qui souhaite convertir tout ou partie de sa production en biologique doit respecter un délai dit « de conversion » qui peut durer trois ans. Il accepte en outre de se soumettre deux fois par an au contrôle d’un organisme de certification agréé.

L’Union Européenne a fixé plus tardivement un cadre pour la production biologique : le règlement CEE 2092/91 du 24 juin 1991 impose des critères stricts à respecter pour que ces produits, qu’ils proviennent de l’Union Européenne ou qu’ils soient importés d’un pays tiers, puissent être commercialisés sous label biologique. Les Etats membres sont tenus de mettre en place un système de contrôle à l’échelon national en vue d’assurer le respect des règles de production.

Pour les végétaux (légumes, légumineuses, fruits, céréales, ...), le règlement restreint rigoureusement les substances pouvant être utilisées pour la fertilisation des sols et la lutte contre les organismes nuisibles ou les maladies. Avant toute commercialisation de ces produits sous label biologique, les principes établis doivent être respectés pendant une période d’au moins deux ans avant ensemencement ou, dans la cas des cultures pérennes, au moins trois ans avant la première récolte. Pendant cette période, l’exploitation est dite « en conversion ».

Le règlement n’ayant pas établi simultanément de normes pour l’élevage biologique et les produits qui en sont issus, des règles nationales ont été définies par les Etats membres. Cependant, en vertu d’un nouveau règlement 1804/1999 du 19 juillet 1999 complétant celui de 1991, des normes harmonisées sont désormais établies et applicables à partir du 24 août 2000.

L’agriculture biologique occupe une place marginale en France (environ 1% des surfaces agricoles, 10 400 exploitations en 2001 soit 1,6% des exploitations agricoles françaises), mais elle est en expansion. Certains regroupements de consommateurs tels que l’Union Fédérale des Consommateurs Que Choisir souhaitent son développement afin de satisfaire la demande et d’éviter ainsi les produits importés risquant de ne pas apporter toutes les garanties de qualité.

L'Agriculture Biologique en Poitou-Charentes

(Source : Agrobio Poitou-Charentes)

Des surfaces en forte progression depuis 1995 :

La surface conduite selon le mode de production biologique en Poitou-Charentes a été multipliée par 5 entre 1995 et 2000, atteignant plus de 16 000 ha, soit 0,9% de la surface agricole utile de la région. A noter que 70 % des fermes biologiques sont notifiées à l’administration depuis moins de 5 ans.

430 agriculteurs produisent selon le cahier des charges de l’agriculture biologique :

Ces agriculteurs représentent 660 équivalents temps plein (E.T.P.) soit 1,6 E.T.P. par ferme. Leur âge moyen est de 43 ans, pour 49 ans en agriculture conventionnelle. La surface par unité de travail agricole (U.T.A.) des exploitations « bio » est de 37 hectares (40 hectares en agriculture conventionnelle).

Une production diversifiée à l’image de l’agriculture traditionnelle :

Tous les systèmes de productions agricoles de la région sont représentés en agriculture biologique : céréales, vignes, élevage, maraîchage, apiculture ...
Les surfaces fourragères représentent 50 % des surfaces en agriculture biologique.
La majorité des surfaces en céréales et fourrages sont cultivées en Vienne et Deux-Sèvres.
La Charente et la Charente-Maritime ont des productions diversifiées, avec notamment la vigne, les fruits et légumes, et les oléoprotéagineux.
Les exploitations céréalières pures (10 % seulement) sont moins représentées que les exploitations de polyculture-élevage (40 %).
De 1999 à 2000, le nombre de fermes biologiques a augmenté de 26% en Poitou-Charentes et les superficies de 28%.

Les pratiques agricoles en agriculture biologique

Les principes de base de l’agriculture biologique sont : - le sol est un milieu vivant, - la matière organique est la base des apports qui vont nourrir le sol, - le respect des milieux naturels et des écosystèmes est crucial, - la santé des plantes et des animaux passe par la prévention.

En agriculture biologique, l’observation et l’anticipation sont des facteurs clefs de la réussite, étant donné le peu de recours aux produits phytosanitaires. Les produits chimiques de synthèse sont en effet exclus.

La rotation des cultures participe également à la réussite en agriculture biologique. Elle contribue à : - la maîtrise des adventices [1], - la prévention des maladies, - la prévention contre les parasites, - la gestion optimisée de la fertilisation.

La succession de cultures différentes permet d’interrompre les cycles biologiques des plantes adventices, des maladies, des parasites inféodés à une culture ou aux conditions de milieu, créés par la monoculture. Sont ainsi intercalées les cultures de printemps et les cultures d’hiver, les cultures nettoyantes et les cultures plus « salissantes » ... et les interactions entre les plantes sont valorisées au maximum.

1. La maîtrise des adventices (sans herbicides) :

    • la rotation des cultures : action importante sur les conditions de germination des graines d’adventices présentes dans le sol.
    • les interventions mécaniques : _ - de préparation du sol avant implantation de la culture, _ - les interventions sur les adventices se font de préférence à un stade jeune.
    • le désherbage thermique : _ - rester vigilant sur les conditions et périodes d’utilisation à cause des risques de feu (ex : vigne).

2. La prévention des maladies :

    • la rotation des cultures.
    • la prévention : _ - utilisation d’espèces ou de variétés rustiques ou résistantes, _ - fertilisation azotée raisonnable.
    • deux principaux fongicides autorisés en agriculture biologique : le cuivre et le soufre.
      Il n’y a pas de fongicides systémiques (pénétration dans la plante et véhiculés par la sève) : produits préventifs de contact (sensibilité au lessivage).
    • des traitements rares en grandes cultures : sensibilité moindre par rapport aux cultures conventionnelles, les coûts de mécanisation élevés, lessivage.
    • des traitements souvent décisifs sur cultures maraîchères, viticulture, arboriculture.

3. La prévention et la lutte contre les ravageurs :

    • la rotation des cultures : action importante sur le cycle de reproduction.
    • la prévention : _ - conserver un environnement diversifié, des biotopes riches (équilibre des populations parasites / prédateurs), _ - connaissance de la biologie des parasites : comptage et suivi de population pour une intervention judicieuse, _ - phytothérapie (traitement à base de plantes), _ - fertilisation azotée raisonnable.
    • des moyens de luttes en agriculture biologique : _ - pyrèthre, _ - roténone (remarque : ces produits biologiques curatifs ne sont pas sélectifs), _ - lutte biologique (bacillus contre larves de papillons, piège à carpocapse et pyrale, ...), _ - huiles végétales ou minérales (pellicule graisseuse qui bloque la respiration des insectes), _ - lutte par confusion sexuelle (phéromones déstabilisants les insectes).

4. La gestion optimisée de la fertilisation
En agriculture biologique, la fertilisation n’est plus gérée à la culture mais globalement, au niveau de la rotation. Le sol est considéré comme un substrat et non comme un support. C’est à dire que c’est le sol qui va nourrir la plante, le rôle de l’agriculteur étant de préserver au mieux son sol.

Contrairement à ce qui ce dit, l’agriculture biologique n’est pas une agriculture sans azote mais une agriculture préférant utiliser et valoriser l’azote d’origine organique plutôt que l’azote issu de l’industrie chimique (consommatrice d’énergie fossile).

    • la rotation des cultures permet de gérer au mieux les apports éventuellement nécessaires en fonction des besoins de la culture et des reliquats des précédents.
    • éviter des pertes : engrais verts, couverture du sol, apports évitant le lessivage (compost).
    • la fixation de l’azote atmosphérique par les légumineuses.

L'impact sur la ressource en eau

Les producteurs biologiques estiment que les risques sont diminués par l’approche globale du système de production dans l’exploitation. De façon générale, il ne s’agit pas de chercher à lutter contre un problème potentiel, mais de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour éviter que le problème apparaisse. De même, la préférence ira vers l’utilisation des potentialités agronomiques du milieu plutôt que vers la consommation d’intrants extérieurs.

Toutefois, l’agriculture biologique n’évite pas tous les risques pour l’environnement. A ce mode de production doit correspondre une approche globale du système de production.

Les risques liés à la fertilisation sont réduits si les principes de base de l’agriculture biologique sont appliqués, à savoir, privilégier l’utilisation d’azote organique (non lessivable) à celle des nitrates (extrêmement lessivables). Les conséquences à long terme de l’enrichissement en matière organique des sols sur le cycle de l’azote restent à préciser.

En élevage, le lien au sol est obligatoire (mesure réglementaire obligeant l’agriculteur à avoir une certaine surface de cultures ou de prairies devant satisfaire en totalité ou en partie l’alimentation des animaux et permettre l’épandage des effluents d’élevages). Les animaux doivent également avoir accès à des parcours de plein air enherbés. L’objectif recherché est d’interdire les élevages intensifs et hors sol en agriculture biologique et ainsi d’éviter les problèmes d’excédents structurels qui en découlent.

La réglementation impose une évolution aérobie (dégradation ou fermentation suivant la matière première) des effluents d’élevages non biologiques dans le but de les assainir (en adventices et en pathogènes) et de limiter la présence de nitrates en favorisant la formation d’azote organique (par la micro-flore et la micro-faune ayant dégradé la matière organique).

L’utilisation du cuivre en tant que fongicide présente un risque, car le cuivre fait partie des substances indésirables dans les eaux de consommation humaine. Son classement est moins sévère que celui d’autres pesticides. Cependant, en raison de son accumulation dans les horizons superficiels, il est peu lessivé, et risque peu d’être entraîné en profondeur vers les eaux souterraines. En revanche, en cas de très fortes pluies intervenant après un traitement, le ruissellement peut entraîner une pollution ponctuelle des eaux superficielles. Les risques de pollutions des eaux par les cuivres agricoles restent très faibles.

La région Poitou-Charentes est une des régions pilotes pour la réduction des doses de cuivre et les alternatives possibles en agriculture biologique. Des essais concluants ont montré les voies de travail pour l’avenir.

La profession des producteurs biologiques cherche à évaluer aussi précisément que possible l’impact environnemental de ce type de production. Aussi, en Poitou-Charentes, 14 fermes de démonstration utilisent un outil de diagnostic agri-environnemental. Mise au point par Solagro, la méthode Dialecte met en œuvre une série de 20 indicateurs dont 16 sont représentés graphiquement par des points placés sur des axes en étoile formant ainsi une sorte de « toile d’araignée ». Cette « toile d’araignée » met visuellement en évidence l’impact des pratiques agricoles sur l’environnement et montre que l’agriculture biologique est respectueuse de l’espace dans lequel elle se déploie. Le diagnostic agri-environnemental aide par ailleurs le producteur biologique à évaluer les progrès qui lui restent encore à accomplir pour atteindre le degré optimal que constitue « le moins de nuisance possible ». Des comparaisons sont réalisées avant et après conversion.

Notes

[1] Les plantes adventices sont des plantes qui croissent sur un terrain sans y avoir été semées.

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