Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     

L’agriculture intégrée

Rapport thématique Eau 2002 Eléments extraits du rapport "Qualité des ressources en eau et production d’eau potable : la situation en Poitou-Charentes", réalisé en 2002 par le Comité Régional de l’Environnement (CRE), dans le cadre des Secondes Assises de l’Eau de Poitou-Charentes.

(Source : I.T.C.F.)

Le concept de « système intégré » a été développé dès les années 50, en arboriculture fruitière, puis plus récemment pour la vigne et pour les grandes cultures. L’agriculture intégrée renvoie à ce concept de « système intégré ». Elle se situe à mi-chemin entre l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique. « Portée » par l’I.T.C.F. (Institut technique des céréales et fourrages), elle vise une révision globale de l’exploitation : « Un système intégré correspond à une approche globale de l’utilisation du sol pour la production agricole, qui cherche à réduire l’utilisation d’intrants extérieurs à l’exploitation (énergie, produits chimiques), en valorisant au mieux les ressources naturelles et en mettant à profit des processus naturels de régulation ». La valorisation des ressources naturelles et des mécanismes régulateurs est réalisée par exemple, par l’arbre qui recycle des éléments minéraux, grâce à la puissance de ses racines et la chute des feuilles ; certaines cultures comme le blé recyclent des quantités importantes de potasse par l’intermédiaire de la paille ; certains parasites phytophages tels les pucerons, limaces, ont des prédateurs naturels tels certains carabes.

Les pratiques de l’agriculture intégrée repérées comme susceptibles d’avoir un impact positif vis à vis de la pollution de l’eau sont :
- la mixité culture-élevage,
- la rotation,
- le travail du sol simplifié,
- la diminution des parcelles,
- la préservation des zones non-cultivées,
- l’objectif de rendement adapté,
- la fertilisation et la protection de cultures ajustées.

Ainsi ce système approche les principes de l’agriculture biologique mais sans s’interdire d’utiliser des produits chimiques quand cela s’avère nécessaire. Il s’agit en d’autres termes d’une agriculture qui se veut autonome, économe et respectueuse de l’environnement.

Ses grands principes reposent sur :
- la mixité
Développer la mixité consiste à associer au sein d’une ou de quelques exploitations, des productions végétales annuelles, des productions végétales pérennes (arbres fruitiers, forêts, prairies, …), à des productions animales. Cela permet de minimiser les problèmes sanitaires, les consommations d’énergie, d’engrais (par exemple en introduisant des légumineuses), de produits phytosanitaires, et les risques économiques.

- la rotation
La diversification (la mixité) nécessite d’allonger les rotations (de 3 à 5 ans) ; il faut éviter les sols nus. Ainsi, compte tenu du coût d’implantation et d’entretien d’une culture intermédiaire (500 à 700 F/ha), il est souvent plus judicieux de modifier la rotation en introduisant une culture d’hiver.

- le travail du sol
Le but est d’utiliser des techniques de travail du sol simplifiées pour augmenter la teneur en matière organique et l’activité biologique des sols, diminuer le lessivage de l’azote, freiner l’érosion, réduire les consommations de fuel et les charges de mécanisation ; le retournement du sol par le labour est supprimé.
Ce système peut alors avoir pour conséquence le développement de plantes adventices, supprimées pendant l’interculture par des procédés mécaniques (faux semis) ou chimiques (herbicides). L’allongement des rotations permet néanmoins de limiter ce risque.
Le recours à l’irrigation doit être limité, dans le but d’économiser au mieux la ressource en eau (par le choix des cultures " privilégier celles peu exigeantes en eau, surtout pour les cultures de printemps et d’été -, la quantité d’eau apportée et la régularité de l’irrigation pour éviter la sur-irrigation de certaines surfaces). De plus, même si elle améliore le rendement, l’irrigation peut favoriser certaines maladies, entraîner une dégradation rapide de la matière organique des sols, et rendre les sols plus sensibles au tassement.

- la diminution des parcelles, l’assolement
Afin de limiter le ruissellement, l’érosion, …, les parcelles culturales doivent être de dimension raisonnable et de forme adaptée. Le but est de limiter le risque sanitaire, en conservant une efficacité du travail. Enfin, il faut veiller à une homogénéité intra parcellaire du sol (pour un bon ajustement des doses d’intrants, de l’irrigation), tenir compte des pentes (pour limiter l’érosion et le lessivage des nitrates et des pesticides), du vent dominant (propagation parasites, …).

- la zone non cultivée
Le maintien et l’entretien, voire l’aménagement de structures paysagères (haies, bosquets, talus, fossés, bandes enherbées, …) ont des fonctions multiples : maintenir la diversité biologique, favoriser le développement des auxiliaires (carabidées, …), rôle de régulation hydrique (éviter des érosions, lutter contre la pollution de l’eau …). Ces « espaces naturels » doivent faire l’objet d’un plan d’ensemble de l’exploitation, et ne remettent pas en cause le remembrement.

- l’objectif du rendement
Viser un objectif de rendement inférieur ou égal au potentiel pédo-climatique accessible une année sur deux doit permettre de limiter les pertes par lessivage. Un rendement inférieur ne pénalise pas économiquement car la baisse du rendement est compensée par une baisse des charges.

- les variétés, la date et la densité
Les critères de choix des variétés, de la date et de la densité de semis font partie de la stratégie globale de l’exploitation, pour obtenir un rendement visé.
Le choix des variétés doit tenir compte de la résistance aux maladies, au froid, …
La date et la densité de semis doivent être établies au plus juste (pour éviter une éventuelle apparition de maladies).

- N.P.K.
La fertilisation doit être basée sur les bilans d’entrées-sorties des matières N, P, K, … adaptée aux objectifs de rendement, et ajustée au plus juste, en tenant compte des éléments minéraux apportés par les fumures organiques. Il faut nourrir la plante, et non le sol. Cependant, il est important de tenir compte aussi de l’incidence d’une baisse de la dose d’azote sur la teneur en protéine (trop faible alors) des plantes, notamment pour les céréales à paille.

- la protection des cultures
Les traitements phytosanitaires doivent être considérés comme le dernier recours, quand tout a été fait, pour limiter la présence de maladies, de ravageurs ou de mauvaises herbes.
Avec l’ensemble des pratiques, les risques de développement parasitaire sont limités. Le recours possible aux produits phytosanitaires se fait alors dans un cadre raisonné, et après avoir vérifié si les pratiques culturales sont adaptées au contexte.
Les produits utilisés auront le minimum d’impact sur l’environnement (en s’appuyant sur les critères mis en avant dans le diagnostic d’exploitation), seront appliqués dans des conditions optimum (stades jeunes des adventices, conditions météo, …) pour minimiser les doses.

D’après une synthèse européenne sur l’impact des systèmes intégrés, réalisée à partir d’une expérimentation menée sur une quinzaine de sites d’essais dans six pays de l’Union, les résultats des expériences montrent une grande cohérence. Ces résultats sont plutôt positifs, avec :
- certes une diminution des rendements, mais une marge brute qui au moins ne diminue pas,
- un bon impact sur l’environnement, et une réduction des intrants, mais une apparition d’adventices et ravageurs.

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