Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     

Qualité des eaux souterraines - Année 2010

Source : Région Poitou-Charentes, BRGM

Sommaire

-  La qualité des eaux souterraines en 2010

-  Pour en savoir plus

La Région Poitou-Charentes a mis en oeuvre et est maître d’ouvrage depuis plusieurs années du Réseau régional de suivi de la qualité des nappes sur son territoire, avec la collaboration technique du BRGM et de la FREDON.

Le 21 octobre 2011, les acteurs de la protection de la ressource en eau en Poitou-Charentes ont été réunis par la Région à l’occasion de la réunion annuelle sur le bilan 2010 :
- Liste des invités
- Compte-rendu du 21 octobre 2011
- Diaporama traitant de restitution des résultats de la qualité des eaux souterraines en 2010 et mise en perspectives avec les résultats des années précédentes

Issu du rapport : Réseau régional de suivi de la qualité des nappes en 2010 - Gestion du réseau et exploitation des résultats - Rapport final - Septembre 2011 - BRGM

La qualité des eaux souterraines en 2010

-  A retenir

Les points de type "karstique" sont généralement plus vulnérables aux nitrates et produits phytosanitaires que ceux notés "libres" eux-mêmes plus sensibles aux pollutions que les points "captifs". Le croisement de la répartition des nitrates et des phytosanitaires montre toutefois des secteurs géographiques assez bien "préservés".
  • Pour les nitrates, il apparaît que l'ensemble des nappes libres, sauf quelques exceptions, est contaminé. Les secteurs géographiques assez bien "préservés" sont situés surtout dans la partie méridionale des Charentes, généralement peu agricole. Globalement, après avoir légèrement diminué entre 2001 et 2005, les teneurs en nitrates ont ensuite légèrement augmenté pour se stabiliser depuis 2007. La nappe du Jurassique supérieur reste la plus contaminée (50 mg/L en moyenne), suivie de la nappe du Jurassique moyen (40 mg/L environ) et du Crétacé supérieur (31 mg/L).
  • Pour les produits phytosanitaires, la contamination des eaux souterraines est principalement liée à la présence de triazines (herbicides) et plus ponctuellement de certaines urées substituées. Les teneurs en atrazine, simazine et terbuthylazine baissent significativement depuis 2003 (année de son retrait du marché), tandis que celles de leurs métabolites, c'est-à-dire la substance en laquelle elles se décomposent, restent relativement stables à l'échelle régionale. D'autres substances, toujours autorisées en 2010, sont détectées de manière plus épisodique, en particulier le métolachlore, l'isoproturon, le chlortoluron, le glyphosate et l'AMPA. La situation des nappes est bonne dans l'ensemble du département. Toutefois, l'eau des nappes captives est de meilleure qualité rapport aux nappes libres.

Nappe libre : Nappe en contact direct avec l’atmosphère, via une zone non saturée en eau.
Nappe captive : Nappe généralement profonde et située entre deux couches imperméables. Elle est entièrement saturée d’eau sous pression.
Nappe karstique : Il s'agit d'une nappe présente dans un karst, c'est-à-dire, dans un massif calcaire dans lequel l’eau a creusé de nombreuses cavités.
Pour plus d'informations sur l'utilité des produits phytosanitaires.

-  Résultats par type de nappe

Sur la période 2001-2010, les eaux souterraines du Poitou-Charentes montrent une contamination importante par les nitrates et à moindre échelle par les produits phytosanitaires. En effet, 70% des points du réseau présentent des valeurs supérieures à 10 mg/L, et plus de 30 % dépassent la norme pour au moins une molécule de produit phytosanitaire.

- Les nappes captives préservées
Les nappes captives sont globalement protégées des contaminations en nitrates et produits phytosanitaires. Les détections mesurées ces dernières années correspondent à certains points particuliers et à des anomalies d'isolation du forage : elles ne sont pas indicatrices d'une dégradation généralisée de l'aquifère.

- Les nappes libres plus ou moins contaminées
Une contamination généralisée des nappes libres par les nitrates est constatée. Les masses d'eau les plus contaminées sont celles où la pression agricole est la plus forte, c'est-à-dire celles du Jurassique moyen et supérieur, où les teneurs dépassent fréquemment le seuil de qualité (50 mg/L). Les teneurs en nitrates sont généralement plus importantes en périodes de hautes eaux (hiver) qu'en périodes de basses eaux (été).

Les résidus de produits phytosanitaires sont présents dans la plupart des nappes libres de la région. Toutefois des disparités assez nettes sont observées entre les différents réservoirs aquifères.

  • Les nappes libres du Jurassique supérieur sont globalement les moins contaminées par les produits phytosanitaire avec des teneurs qui restent faibles. Les sols correspondant sont principalement le support de culture de céréales et d'oléagineux et subissent moins de traitements que la vigne ou les vergers occupants les terrains du Jurassique moyen et du Crétacé supérieur. Les teneurs moyennes en nitrates sont, quant à elles, égales à la norme.
  • Concernant les nappes libres du Jurassique moyen (Dogger), les contaminations sont plus fluctuantes en raison du caractère karstique de l'aquifère. L'atrazine déséthyl reste la principale molécule engendrant localement des dépassements de la norme. Le diuron n'a été détecté que sur une seule station à des teneurs supérieures à 0,1µg/L. Les teneurs en atrazine déséthyl avoisinent régulièrement les 0,1µg/L et 0,11µg/L pour l'atrazine désisopropyl. Les teneurs restent très fluctuantes en raison du caractère karstifié de ce réservoir. En ce qui concerne les nitrates, la teneur moyenne est proche de la norme avec 41 mg/L et près de la moitié des ouvrages étudiés dépassent 50mg/L.
  • Les nappes libres du Crétacé supérieur dans les Charentes restent globalement les plus contaminées par les produits phytosanitaires, avec plus de la moitié des ouvrages dépassant la norme, notamment sur le secteur de Cognac (utilisation de désherbants sur la vigne). Bien que présente, la contamination en nitrates est moins importante que pour les nappes du Jurassique.
  • Concernant les nappes du socle et les nappes alluviales, deux stations sur les six présentent une contamination avec la présence de prochloraze et de métolachlor.
Pour rappel, la norme française pour la consommation d'eau potable fixe à 0,1 µg/L la concentration maximale pour chaque type de produit phytosanitaire identifié, et à 0,5 µg/L la concentration totale en produits phytosanitaires. La norme des teneurs en nitrates est elle de 50 mg/L.

-  Evolution de 2001 à 2010

La teneur en nitrates de la majorité des points de mesure a peu évolué de 2001 à 2010.

La teneur en produits phytosanitaires des points de mesure a diminué de 2001 à 2010. Toutefois ces valeurs ne sont pas réellement représentatives de l'état des nappes. En effet, les valeurs ci-dessous représentent la qualité de l'eau seulement pour :

  • l'Atrazine (interdit depuis 2003),
  • l'Atrazine-déséthyl (produits de dégradation de l'Atrazine),
  • le Diuron (réglementé depuis 2003),
  • l'Isoproturon, le Lindane (interdit depuis 1998),
  • la Simazine (interdit depuis 2003)
  • et le Terbuthylazine (complètement interdit depuis 2004).

Et afin de les remplacer, de nouveaux produits phytosanitaires sont utilisés.

Pour en savoir plus

-  Présentation du réseau

Au cours des trente dernières années, le développement des activités humaines et notamment de l'activité agricole intensive a entraîné une dégradation de la qualité de certaines nappes d'eaux souterraines en région Poitou-Charentes. Des teneurs en nitrates et produits phytosanitaires rendent localement les eaux impropres à la consommation.

Par ailleurs, la présence de certains éléments d'origine naturelle avec des teneurs élevées par rapport aux normes pour l'usage « eau potable » est constatée.

La qualité des eaux souterraines, avant la mise en place du réseau régional Poitou-Charentes en 2001, n'était généralement observée que par les contrôles sanitaires réalisés pour l'alimentation en eau potable (A.E.P.) ; suivis qui ne rendent compte que partiellement de la qualité de la ressource. En effet, ces suivis s'intéressent en priorité aux eaux distribuées et ne correspondent qu'à un échantillonnage partiel des eaux souterraines (celles capables de satisfaire qualitativement et quantitativement aux besoins A.E.P.). Les A.E.P. abandonnés pour des teneurs en nitrates supérieures à 50 mg/L ne sont, par exemple, en général plus suivis.

La mise en place du réseau régional de suivi de la qualité des nappes depuis 2001 permet de :

  • collecter à pas de temps régulier des échantillons d'eau souterraine pour analyses et de révéler une image de la qualité de l'eau et par la même occasion identifier les pollutions,
  • contribuer à orienter en conséquence les politiques de préservation de la qualité ou de la restauration sur le moyen ou le long terme,
  • juger de l'efficacité des politiques mises en oeuvre en les réajustant si nécessaire.L'objectif principal du réseau est la collecte de données de manière à constituer une base de référence utilisée non seulement pour faire un état des lieux mais aussi pour juger de l'efficacité des actions mises en oeuvre. Depuis 2005 cette base de données est disponible sur Internet à travers le site ADES (Administration des Données sur les Eaux Souterraines).

Ce réseau fédère des points de suivis du :

  • RCO : Réseau de Contrôle Opérationnel,
  • RCS : Réseau de Contrôle de Surveillance,
  • POC : Réseau complémentaire permettant de suivre des problématiques régionales plus locales.

-  Composition chimique des eaux

La composition des eaux naturelles est déterminée par un ensemble de processus d'altération des roches. L'interaction entre l'eau et la roche met en jeu de nombreuses réactions, physico-chimiques et biochimiques : acide/base, oxydo/réduction, dissolution/précipitation, adsorption/désorption, échanges d'ions, complexation...

La composition chimique des eaux qui en résulte est dominée par la présence de certains ions :

  • hydrogénocarbonates, sulfates et chlorures (anions)
  • calcium, magnésium, sodium et potassium (cations)A côté de ces éléments majeurs, on trouve d'autres éléments « mineurs » naturels tels que le fer, le fluor, le manganèse, etc. qui peuvent être indésirables selon leur concentration dans l'eau.

La composition chimique des eaux souterraines est également dépendante des activités humaines, généralement par l'apport de « polluants » tels que les métaux lourds, les produits phytosanitaires, les engrais qui sont issus de l'industrie et des pratiques agricoles ou domestiques.

La caractérisation de la qualité d'une eau nécessite donc la quantification de nombreux éléments chimiques analysés en laboratoire.

De façon générale, les variations des valeurs des différents paramètres sont plus importantes en nappes libres (notamment dans les zones de karsts) qu'en nappes captives.

Les nappes libres sont en effet plus sensibles aux variations climatiques saisonnières et plus vulnérables par rapport aux activités de surface. De plus, dans les zones karstiques, les transferts de matières sont généralement accrus en périodes de précipitations importantes, entraînant une augmentation de la teneur en certains composés.

Les eaux des aquifères profonds captifs sont quant à elles relativement bien protégées par une ou plusieurs couches géologiques imperméables. Ainsi, les contaminants d'origine anthropique tels que les produits phytosanitaires et nitrates sont généralement absents. A contrario, ces eaux, du fait d'un certain confinement au sein de l'aquifère, peuvent présenter des teneurs importantes en paramètres indésirables, d'origine naturelle, qui les rendent impropres à la consommation.

-  Produits phytosanitaires, biocides, pesticides,... de quoi parle t-on ?

Le terme « pesticide » désigne les substances ou les préparations utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables (plantes, animaux, champignons, bactéries). Dans le langage courant, le terme « pesticide » est généralement associé à un usage agricole, or le terme générique englobe également les usages domestiques, urbains, de voirie, d'espaces verts,...

Pour les usages agricoles, des espaces verts, de voirie ou du jardin, on emploie généralement le terme « produit phytosanitaire ». Mais, il existe de nombreuses autres catégories d'usages : les désinfectants, les produits de protection (du bois, antipelliculaires, anti-moisissures...), les produits antiparasitaires (lutte contre les rongeurs, les mollusques...). Ces derniers composent la famille des « biocides ».

Les « pesticides » regroupent l'ensemble de ces produits, phytosanitaires et biocides, qu'ils soient d'origine naturelle (sulfate de fer...) ou de synthèse. Ils sont tous constitués de substances actives (qui agissent sur la cible) et d'adjuvants (permettant à la substance d'atteindre la cible). Les substances de synthèse recherchées dans les eaux sont essentiellement contenues dans les produits phytosanitaires.

-  Quelques chiffres de vente de produits phytosanitaires

D'après les données de 2010 de la Banque Nationale de Vente de produits phytosanitaires par les distributeurs agréés (BNV-D), 370 substances minérales et de synthèse ont été vendues en 2010 en Poitou-Charentes. La quantité vendue est estimée à 4 700 tonnes.

Le glyphosate, dont les ventes sont en nette augmentation depuis 10 ans, représente 13% des quantités vendues avec environ 600 tonnes. D'un point de vue quantitatif, la molécule de glyphosate est suivie de trois fongicides (mancozèbe, fosétyl-aluminium, folpel) pour un total de près de 800 tonnes. Les ventes de chloroacétamides utilisées en remplacement de l'atrazine sont en augmentation.

Concernant les produits biocides, il n'existe pas de données régionalisées équivalentes. A dire d'experts, les ventes de produits en Europe représenteraient 25% du volume total des produits phytosanitaires, évalué entre 330 000 et 1 million de tonnes par an (période 1998-2005).

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