Eau en Poitou-Charentes : RPDE

     

Situation de l’étiage à fin juillet 2008 : Conséquences

3. Effets et perspectives

3.1. Sur les Milieux d’eau douce [1]

Suivi réalisé par l’ONEMA :

Au cours de la période de mai 2008 à juin 2008, la combinaison d’une pluviométrie importante et de prélèvements à des fins agricoles tardifs (fin juin en Vienne) a permis un maintien des niveaux d’eau appréciable et par conséquent le maintien en eau des zones humides. D’une manière générale, les suites d’une pluviométrie importante sont observées : érosion des sols suivie d’une turbidité marquée, assez inhabituelle à cette saison.

Toutefois, fin juin, la tendance est à la diminution des débits. Certains petits cours d’eau présentent un état d’écoulement difficile avec même quelques assecs comme sur la Fragne et le Vau en Charente-Maritime, ainsi que sur le Pamproux dans les Deux-Sèvres.

Au cours des mois de mai et de juin, les conditions de circulation étaient bonnes mais les niveaux d’eau élevés ont parfois limité les observations (peu d’activité de reproduction observée pour les aloses en raison des conditions climatiques particulières). Le développement de la végétation apparaît normal dans la majorité des départements. Les forts débits, la coloration des eaux et les faibles températures semblent limiter le développement des algues. L’état des milieux est bon en Charente au 31 juin 2008. Toutefois, au 15 juillet, il a été constaté 6 stations sujettes à des écoulements faibles (dont le Bief [2] ) . Pour le département de la Vienne, fin juin, le RDOE (Réseau Départemental d’Observations des Ecoulements) a mis en évidence des assecs sur un affluent de la Vienne, le Servon, et un écoulement faible sur un affluent de la Gartempe. Cette situation est peu préoccupante. En Charente-Maritime, la situation au 30 juin est favorable. Deux assecs ont été observés sur des affluents de la Boutonne (contre 4 fin juin 2007 et 22 en juin 2006 [3] ) . La situation fin juin est plus favorable que les deux années précédentes sur la région. Fin juillet, la situation s’est légèrement dégradée sans être préoccupante : 6% des stations de la région sont en assec, 4 % ont un écoulement non visible.

Département Nombre de stations RDOE
Charente 73
Charente-maritime 100
Deux-Sèvres 70
Vienne 168
Niveau d’écoulement en juin et juillet
DépartementJuinJuillet
Niveau d’écoulement Niveau d’écoulement
1 2 3 4 1 2 3 4
Charente 69
(94%)
4
(6%)
0 (0%) 0
(0%)
46 (63%) 24 (33%) 1 (4%) 0
(0%)
Charente-maritime 94
(94%)
4
(4%)
0 (0%) 2
(2%)
73 (73%) 6
(6%)
8 (8%) 13 (13%)
Deux-Sèvres 65
(93%)
4 (5,6%) 0 (0%) 1 (1,4%) 39 (56%) 21 (30%) 3 (4%) 7 (10%)
Vienne 165
(98%)
1 (0,7%) 0 (0%) 2 (1,3%) 139 (83%) 19 (11%) 5
(3%)
5
(3%)

1 : Ecoulement visible acceptable
2 : Ecoulement visible faible
3 : Ecoulement non visible
4 : Assec

Les niveaux des cours d’eau sont globalement à l’étiage ou moyens. Les conditions climatiques apparaissent encore assez favorables aux milieux aquatiques.

Suivi réalisé par le groupement des Fédérations de Pêche :

Mi-juillet, le linéaire de cours d’eau en situation de rupture d’écoulement ou d’assecs en Poitou-Charentes ne représente que 2,6 %, soit 112 km sur 4298 km prospectés. La situation des cours d’eau est nettement plus favorable qu’au cours des deux dernières années où il avait été observé 5,6 % et 40,7 % respectivement en 2007 et en 2006 de linéaire de cours d’eau en situation critique.

3.2. Sur le milieu marin (source : IFREMER)

Trois indicateurs ont été retenus pour caractériser l’état du milieu marin :

- la salinité ;
- la température ;
- des indicateurs de qualité de la production phytoplantonique : chlorophylle et abondance d’espèces.

La salinité est directement liée aux apports en eau douce des différents estuaires sur le littoral charentais et aux cycles marégraphiques. La salinité et la température sont deux paramètres importants qui conditionnent le bon développement des espèces exploitées. D’autre part, les apports d’eau douce sont une source importante d’éléments nutritifs. Une partie de ces éléments sera utilisée dans le développement du phytoplancton, source principale de nourriture des huîtres et des moules. Ainsi, le dosage de la chlorophylle renseigne sur l’état de la ressource alimentaire. L’analyse de ces paramètres est donc primordiale pour pouvoir suivre de manière générale l’état du milieu marin et donc l’état de la conchyliculture sur le littoral charentais.

En 2008, la température de la Seudre est légèrement supérieure à la moyenne accompagnée de fortes variations printanières. La salinité est sensiblement inférieure à la moyenne étant donnée les apports en eaux douces. La température de la Charente est également sensiblement supérieure à la moyenne mais la salinité est très faible [4] . Concernant la richesse en plancton, 2008 présente une situation favorable entre mars et juin [5].

D’une manière générale, les paramètres environnementaux sont de plus en plus stables avec des valeurs proches des normales saisonnières du fait de la réduction des apports fluviaux au cours de la période d’étiage.

- Température et salinité dans le bassin de Marenne d’Oléron (centre bassin, site de D’Agnas) [6] :

La température a été comprise entre 8 et 12°C durant l’hiver. Celle-ci s’est élevée progressivement à 18-19°C durant le printemps. Fin juillet, la température avoisine la tendance interannuelle proche de 21°C. Pour le paramètre salinité, le début d’année est marqué par des salinités au dessus des tendances historiques malgré l’apparition d’épisodes de fortes dessalures en fin d’hiver et début de printemps. Depuis mai, la salinité fluctue autour de la moyenne avec une amplitude de 1 à 3 g/l. Fin juillet, la salinité est très stable, elle se situe entre 34 et 35 g/l, légèrement au dessus de la normale saisonnière.

- Température et salinité dans le bassin de Marenne d’Oléron (embouchure de la Seudre, site de La Grève et embouchure de la Charente, site de Lupin) [7] :

La montée progressive de la température depuis le printemps suit la tendance historique. La température observée fin juillet est légèrement au dessus de la normale saisonnière à l’embouchure de la Seudre, proche de 22°C, et centrée sur la moyenne historique à l’embouchure de la Charente, proche de 22°C. Pour la salinité à l’embouchure de la Seudre, l’amplitude de salinité varie de 5 à 8 g/l au fil des marées dans un intervalle de valeurs de 25-32 g/l. Fin juillet, la salinité est stable entre 33 et 34 g/l. La zone estuarienne de la Charente est marquée par une salinité comprise entre 1-2 g/l et 30-32 g/l de janvier à fin mai. Ces fortes amplitudes sont les conséquences du régime de marée et du débit des fleuves. Fin juillet, la salinité tend à rejoindre la normale saisonnière mais reste cependant inférieur de 2-3 g/l.

- Température et salinité dans le Pertuis Breton (site des Filières) [8] :

Les mesures effectuées sur ce site révèlent l’influence océanique dans le Pertuis Breton. Le signal est relativement « perturbé » avec des valeurs de température globalement supérieures aux normes saisonnières de début mai jusqu’à mi-juin. Fin juillet, la température est voisine des valeurs de saisons, entre 19 et 21°C, avec un maximum de 22°C les 26 et 27 juillet. La salinité de mai jusqu’à mi juin est de 2 à 3 g/l en dessous des normales saisonnières. De mi-juin à mi-juillet, la salinité a tendance à se rapprocher de la tendance historique [9] .

- L’environnement biologique (ressource trophique, centre Bassin Marennes d’Oléron ) [10] :

En janvier " février, les valeurs de chlorophylle a restent globalement inférieures à 2 μg/l. A partir de début mars, les valeurs sont nettement supérieures (4, 5, 6 μg/l), avec des pics d’équivalent chlorophylle a (10- 15 μg/l) en début mars. Le "bruit de fond" est significatif durant l’hiver par rapport aux autres années. Au mois de juin, le signal chlorophyllien reste faible (proche de 2 μg/l). La tendance observée depuis début juillet se confirme, marquée par une succession de pics de chlorophylle (de 9 à 12 μg/l).

3.3. Plans de gestion de crise pour l’alimentation en eau potable (AEP)

A notre connaissance, jusqu’au mois de juillet, il n’y a pas eu de difficultés particulières relevées pour l’alimentation en eau potable en Poitou-Charentes.

3.3. La gestion de la centrale nucléaire de Civaux

Le fonctionnement de la centrale de Civaux est assuré par l’eau disponible en Limousin.

La centrale de Civaux prend des dispositions particulières afin d’assurer son fonctionnement durant la période d’étiage.

Pour que la centrale ait le droit de fonctionner, un débit minimum de 10 m3/s doit être respecté en aval de la centrale, une fois prélevés les volumes d’eau nécessaires au refroidissement des réacteurs. Afin de garantir ce débit, un soutien d’étiage est réalisé grâce aux réservoirs situés en amont de la centrale, situés pour la plupart dans le secteur de la Vienne Supérieure.

La centrale de Civaux est autorisée à prélever dans la Vienne un débit qui est fonction de la puissance des réacteurs, dans la limite de 6 m3/s. La centrale fonctionnant majoritairement sur un seul réacteur durant l’été, cette valeur n’est globalement pas atteinte en période d’étiage. Ainsi, pendant toute cette période, on peut s’assurer que le débit de la Vienne est supérieur à 10 m3/s en aval de la centrale si la station de Lussac-les-Châteaux, en amont de la centrale, indique un débit supérieur à 16 m3/s.

Entre avril et juillet 2008, le débit de la Vienne à Lussac-les-Châteaux a atteint un minimum de 19 m3/s pendant 2 jours (juillet).

En outre, les conditions de rejet font l’objet d’une réglementation imposant un débit minimal de 30 m3/s pour effectuer des rejets chimiques occasionnels. La centrale nucléaire de Civaux ne peut rejeter à la rivière ses effluents légèrement radioactifs qu’en présence d’un débit compris entre 27 et 350 m3/s, et entre 20 et 27 m3/s avec dérogation de l’Autorité de Sûreté DGSNR (Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection). Cependant, la Vienne se trouve couramment en deçà de ces valeurs durant la période estivale. C’est pourquoi des réservoirs ont été dimensionnés pour assurer le stockage de ces effluents durant toute la période estivale (source : EDF).
Le débit de la Vienne était inférieur à 30 m3/s pendant 1 jour en juin et 16 jours en juillet. Il a été inférieur à 27 m3/s pendant 1 jours en juin et 14 jours en juillet dont 2 jours inférieur à 20 m3/s.

Notes

[1] Informations fournies par l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA), Délégation Inter Régionale Centre / Poitou-Charentes. Diagnostic écologique du Bulletin de Situation des Milieux Aquatiques de mai-juin 2008

[2] Source : compte-rendu Observatoire De l’Eau de Charente, 18 juillet 2008

[3] Source : compte-rendu Observatoire De l’Eau de Charente, Cellule de vigilance « eau » de Charente-Maritime, Observatoire De l’Eau de la Vienne

[4] Rappel : la salinité d’un estuaire varie fortement en fonction des marées. Ainsi, la salinité augmente au flot jusqu’à une salinité proche de la mer à marée haute (35g/l) puis diminue au cours du jusant jusqu’à la marée basse ou on peut atteindre des valeurs proches de l’eau douce.

[5] Source : IFREMER, compte rendu Cellule de vigilance « eau » de Charente-Maritime, 10 juillet 2008

[6] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 08/08/08 ; http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[7] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 08/08/08, http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[8] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 08/08/08, http://www.ifremer.fr/lerpc/reseaux…

[9] Remarque : les données de fin juillet ne sont pas exploitable (dérive du capteur)

[10] Source : IFREMER Laboratoire Environnement - Ressources des Pertuis Charentais, BULLDOSER 08/08/08

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