Les eaux souterraines [1], correspondant aux eaux infiltrées dans le sol, circulant dans les roches perméables du sous-sol, forment des « réserves ». Différents types de nappes sont distingués selon divers critères qui peuvent être :
Une même nappe peut présenter une partie libre et une partie captive.
Les nappes libres se rechargent assez rapidement à chaque épisode pluvieux. La remontée des niveaux et les épisodes pluvieux sont discernables sur la courbe piézométrique. La réalimentation des nappes intervient juste après la saturation des sols en eau, par infiltration directe des eaux de pluies au niveau des zones d’affleurement.
La recharge d’un aquifère captif comme le Turonien et l’Infratoarcien, est par contre beaucoup plus lente. Les épisodes pluvieux sont imperceptibles sur la courbe piézométrique. La remontée des niveaux est fonction de l’éloignement de l’affleurement (temps plus long de transport dans le sol), des échanges locaux entre nappes, …
C’est essentiellement pendant l’hiver qu’a lieu la recharge des nappes souterraines, les précipitations de printemps et d’été étant pour la plus grande partie utilisées par le couvert végétal.
Afin de suivre l’évolution des nappes en Poitou-Charentes, un réseau régional piézométrique constitué de 114 points et géré par le Conseil Régional Poitou-Charentes, collecte quotidiennement depuis 1992 des informations sur le niveau des nappes.
Ce réseau piézométrique permet de suivre la recharge des nappes en hiver et ainsi d’évaluer les perspectives d’exploitation de l’été suivant. Grâce à ces informations, chaque année, des plans de gestion régulant les usages de l’eau par bassin versant sont établis. Des seuils d’alerte sont déterminés, qui représentent les niveaux d’eau en deçà desquels des mesures de restriction sont prises par arrêtés préfectoraux.
La plupart des nappes se sont reconstituées de manière satisfaisante après la période de sécheresse qui a sévi de fin 1988 au printemps 1992. Toutefois, le niveau moyen de certaines nappes, et en particulier des nappes profondes, eut tendance à s’abaisser à la fin du premier trimestre 1996 (exemple : nappe de l’InfraToarcien). Ce niveau est remonté entre 2000 et 2003, a été de nouveau sujet à une diminution entre 2004 et 2006, avant de revenir à la hausse en 2007 et 2008.
L’année 2005 se caractérise comme une année de faible recharge par rapport à l’historique des mesures. Les niveaux piézométriques moyens enregistrés en 2005 se sont avérés dans l’ensemble inférieur à la moyenne interannuelle calculée sur la totalité des mesures antérieures.
L’année 2006 se caractérise comme une année de recharge moyenne pour l’ensemble des aquifères, à l’exception du jurassique supérieur en Deux-Sèvres, en Charente et en Charente-Maritime.
Les niveaux moyens piézométriques se sont situés pour 56% entre les minima interannuels enregistrés et la moyenne interannuelle calculée sur l’ensemble des données des années antérieures.
Les années 2007 et 2008 ont été des années de bonne recharge par rapport à l’historique des mesures. Les niveaux piézométriques moyens ont été pour respectivement 80% et 83% supérieurs aux niveaux moyens interannuels calculés sur l’ensemble des mesures.
En 2008, les taux de remplissage (indices) sont en majorité supérieurs à 50% pour l’ensemble des aquifères (60%). Néanmoins, on constate que l’aquifère du Jurassique moyen présente des taux de remplissage en majorité inférieurs à 50% (57%), alors que la tendance s’inverse pour le Jurassique inférieur (85% des indices sont supérieurs ou égal à 50%), ainsi que pour le Jurassique Supéreiur (67 % des indices sont supérieurs ou égaux à 50%).
Les niveaux piézométriques moyens en 2008 ont été pour 84% supérieurs aux niveaux moyens interannuels calculés sur l’ensemble des mesures.
Enfin, la situation en 2008 est comparable à celle de 1999, avec toutefois plus de piézomètres présentant des taux de remplissage proches de 50%.
L’augmentation des prélèvements provoque localement des situations de surexploitation, qui débouchent sur des conflits d’usage et une dégradation progressive de la ressource en eau. Ce constat s’est traduit au niveau des Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE), de manière différente sur les bassins Loire-Bretagne et Adour-Garonne.
Ainsi en Loire-Bretagne, certaines nappes ont été classées en Nappes Intensément Exploitées (N.I.E.) ; dans ces zones, les aides et redevances de l’agence de l’eau sont majorées afin de progresser vers une utilisation de la ressource plus équilibrée.
En Poitou-Charentes, les nappes du Lias, du Dogger et du Jurassique supérieur ont été classées en N.I.E. :
Le SDAGE Loire-Bretagne a aussi fait apparaître des nappes naturellement protégées (N.A.E.P.), délivrant une eau d’une excellente qualité. Il s’agit du Cénomanien captif (sous Séno-turonien), du Jurassique supérieur captif, du Dogger captif (sous Jurassique supérieur) et du Lias captif (sous Dogger). Le SDAGE signale que ces réservoirs peuvent être considérés comme stratégiques, mais la pression des prélèvements est déjà forte sur certains de ceux-ci, alors que leur réalimentation est très lente.
Le SDAGE Adour-Garonne propose quant à lui la fixation de cotes piézométriques minimales, données indicatives pour les gestionnaires de l’eau :
[1] Une nappe d’eau souterraine est constituée de l’ensemble des eaux comprises dans la zone saturée d’un aquifère dont toutes les parties sont en liaison hydraulique.
[2] Formation géologique constituée de roches perméables (formations poreuses et/ ou fissurées), contenant de façon temporaire ou permanente de l’eau mobilisable, et pouvant la restituer naturellement par exploitation (drainage, pompage, ...).